VERDENA, double album : « Wow ». Italie 2011 – sorti chez Universal Music Group.

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Jan 14 2012, 10h14

Verdena appartient à une scène, souvent issue à l’origine de petits labels indépendants, résolument tournée vers le rock alternatif chanté en italien, qui, multiforme et atypique est toujours en mouvement et à la recherche d’une expression originale pour affirmer sa différence de la « chanson italienne ». Une scène qui, depuis LITFIBA et DIAFRAMMA à la fin des années 80 a quand même trouvé ses lettres de noblesse avec des groupes comme les Sonic Youth italiens MARLENE KUNTZ (un premier album : Catartica… fondamental), C.S.I. ( formés autour du premier disque Kodemondo, groupe issu des ex-CCCP + le bassiste Gianni Maroccolo « le Peter Hook italien » de chez LITFIBA et le guitariste-producteur Giorgio Canali), les siciliens de Catane UZEDA (produits par Steve Albini, ...et oui, lui-même!) et FLOR DE MAL (trop tôt disparus malgré le succès de l’excellent disque « Revisioni » et le regard bienveillant de Peter Buck de R.E.M. et Natalie Merchant des 10.000 Maniacs) ou les milanais AFTERHOURS.

C’est ainsi que VERDENA a grandi depuis 1999 et jusqu’à nos jours avec pour grands frères des groupes et personnalités bienveillantes, diverses et variés. Nous pourrions aujourd’hui également citer d’autres artistes, pas forcement sur le même créneau mais contemporains de VERDENA et à l’univers personnel bien caractérisé à écouter de près tels que MOLTHENI, UMBERTO PALAZZO E IL SANTO NIENTE, GIARDINI DI MIRO’, CRISTINA DONA’, BAUSTELLE, MORGAN, JOVANOTTI, les Napolitains au son de Bristol ALMAMEGRETTA, les bruitistes MASSIMO VOLUME, VIRGINIANA MILLER, TRE ALLEGRI RAGAZZI MORTI du dessinateur de BD Davide Toffolo, MARTA SUI TUBI unique en son genre ou l’excellentissime IL TEATRO DEGLI ORRORI (ces derniers entre les Melvins, The Jesus Lizard et Nick Cave pour l’univers littéraire sont d’ailleurs par beaucoup également considérés comme une très bonne surprise dans le panorama des tendances plus rock !).

VERDENA est formé par Alberto Ferrari: chant, guitare, Roberta Sammarelli : basse, et Luca Ferrari : batterie, frère d’Alberto. Deux frères grandi dans les montagnes près de Bergame et enregistrant tout depuis leur plus tendre âge dans leur studio, un ex-poulailler à côté de la maison des parents, aménagé en salle de répète au fil des années comme des grands. En 1995, jeunes ados, ils rencontrent sur leur chemin une très bonne bassiste poly instrumentiste jouant dans une formation punk de filles…. et le tour est joué : VERDENA est formé et se lance immédiatement dans la production de démos qui seront remarquées par le label Black Out/Universal avec qui sortira le premier disque en 1999. Le disque sera produit par le guitariste/producteur Giorgio Canali, bien connu par Noir Désir et quelques bons groupes de la scène française.

Lorsque VERDENA se confronte au difficile exercice des influences à citer, ils se disent grands fans de grunge, rock, post-punk, shoegaze et jazz… Sur leur platine tournent des vieux vinyles des Beatles, Beach Boys, Led Zeppelin, Sex Pistols, Clash puis bien entendu ils sont passés par l’écoute des Pixies, Sonic Youth et Nirvana (tous groupes qu’ils ne cessent depuis leurs débuts de clamer comme influences majeures). On peut rétrospectivement dire qu’ils se rapprocheront ensuite au fur à mesure qu’ils grandiront ensemble aux sonorités présentent chez Blonde Redhead, des plus récents MGMT et de tout ce que des labels comme 4AD, Sub-Pop, Touch & Go ont pu produire.

Affamés de nouveautés, ils digèrent, assimilent et traduisent à leur manière tout ce qu’ils découvrent et entendent. Le résultat, cuisiné par le groupe en studio « à la sauce italienne » est saisissant…. Ils enchaineront en tout et au fil des ans deux démos, quatre albums, 7 EP et tout un tas de participations et collaborations à des projets d’amis musiciens évoluant dans les meilleurs groupes rock actuels de la péninsule.
Le groupe devient vite célèbre pour ses concerts enflammés, leur audace et leur franc parler. La qualité de leurs prestations ne fait plus aucun doute. Catalogués bien trop hâtivement parmi les plus crédibles représentants du grunge italien, Verdena refuse en bloc cette étiquette si étroite.

Leur précédent disque « Requiem » (2007) quatrième depuis leurs débuts, gravitait encore essentiellement sur des bases soutenues par une rythmique martiale, des textes en italien toujours visionnaires et des accords puissants à l’impact certain sur un public féru de Queens Of The Stone Age, Deftones ou Foo-Fighters. Il suffit d’écouter les excellents morceaux « Non Prendere L'Acme, Eugenio » (hommage à peine voilé au Pink Floyd le plus psychédélique de «careful with that axe Eugene ») ou « Isacco Nucleare » pour s’en rendre compte et comprendre que pourtant toutes leurs cartes n’ont pas encore été dévoilées.

Une fraicheur certaine lors des interviews, une forme de réserve peut-être et de méfiance aussi vis-à-vis des médias qu’ils préfèrent appréhender de loin, ne font qu’entretenir le mystère. VERDENA dit souvent ne pas jouer du rock en italien mais de faire du rock en Italie…. ce qui, compte tenu des difficultés pour les jeunes artistes plus exigeants et anticonformistes d’y vivre de leur art, est déjà un exploit en soi ! VERDENA ose beaucoup dans ce disque. Leur évolution leur permet cependant de se confronter directement à leurs pairs, désormais sans avoir à rougir. Leur crédibilité est totale, avec « Requiem » tout devient possible. Malgré la jeunesse de leur âge, après quatre albums le trio n’a plus peur de s’affirmer talentueux tel qu’il l’est, avec simplicité et retenue, ni de se remettre en cause ou de jouer les équilibristes. Il nous propose un rock original, sans concessions, animé par une réelle et spontanée quête d’authenticité.

Après 4 ans de silence où, comme pour exorciser le vide et s’autoriser à explorer de nouvelles voies d’expression, ils n’ont pas cessé d’enregistrer et collaborer à des projets parallèles, ils ont encore gagné en maturité et ont repris la route. Ils s’aventurent en 2011 avec « Wow » sur des compositions, des mélodies, des textures sonores plus originales. L’esprit de Brian Wilson et des Beatles de la période du White Album plane sur tout le disque, seulement, cela serait réducteur sans compter le fait que Verdena tente le pari fou de vouloir conjuguer son punk-rock à Manhattan Transfer, aux Doors et à King Crimson avec une originalité, une subtilité et un hommage pour la tradition de la meilleure cuisine italienne dont ils sont les seuls à détenir la recette.

Grace à ce double album, le groupe se paie même le plaisir de faire le dos rond aux guitares pour ainsi s’ouvrir aujourd’hui, tout en modestie, à une recherche d’harmonies plus riches, complexes et subtiles. Les claviers, synthétiseurs et autres boites à rythmes sont savamment dosés. Leur fougue est pourtant toujours bel et bien là, les voix en retrait, les instruments toujours mis en avant. La puissante batterie est définitivement le maitre à bord de ce navire traversant les vagues à l’âme de leur rock abrasif. C’est le vent en poupe qu’ils peuvent ainsi librement explorer en concert des voies moins communes dans leur discographie et les rendre accessibles à une écoute, un auditoire plus large, voire à un public plus international.

Bref, VERDENA nouveau fer de lance de la scène italienne plus exigeante ? Annoncent-ils un renouveau qui, faute de ne pouvoir être pleinement satisfait et visible sur place gagnerait peut-être à être confronté hors de la péninsule ? En tout cas, c’est comme s’ils concentraient à eux seuls et en ce double-album 45 ans d’histoire du rock aux influences plus disparates. A suivre en espérant, comme il y a quelques années en quelques dates en France!!

De l’album « Wow », à écouter sur les 27 morceaux au moins 4 ou 5 titres pour mieux percevoir la complexité de ce grand chantier et des directions entreprises par ce trio… par exemple…

- « Razzi Arpia Inferno e Fiamme ».
- « Loniterp » très post-punk/new wave, d’ailleurs sorte d’hommage ironique à Interpol…
- « Mi Coltivo ».
- « Scegli Me (Un Mondo Che Tu Non Vuoi) ».
- « Nuova Luce ».
- « Miglioramento ».
- « Badea Blues ».
- « E' Solo Lunedì ».


Très cordialement,
WILLIAM *

* Cet article a été écrit par William Soavi, un ami franço-italien. Cet article, il me l'a transmis directement afin que je le publie avec son accord. Merci à lui.

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